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Mégafichier des Français : la faute de l’Etat

GASPARD KOENIG Le 09/11 à 06:00 Les Échos
Mégafichier Français : faute l'Etat
Mégafichier des Français : la faute de l’Etat

Wolfgang Schmidt, ancien dirigeant de la Stasi, avait déclaré dans un entretien retentissant en Allemagne à propos du programme de surveillance américain de la NSA : «  Pour nous, cela aurait été un rêve devenu réalité. » A cette aune, la France doit aujourd’hui lui sembler un paradis sur Terre. Déjà, la loi sur le renseignement votée l’année dernière autorise le filtrage de l’ensemble de nos métadonnées par des algorithmes classés « secret défense ». Et depuis la semaine dernière, un décret surprise du ministère de l’Intérieur prévoit la création d’un fichier TES (« titres électroniques sécurisés ») regroupant les données d’état civil de tous les citoyens français, y compris la filiation, l’adresse e-mail, et les paramètres biométriques tels que les empreintes digitales ou les traits du visage. Fichier auquel pourront avoir accès, en application du Code de la sécurité intérieure, les services de police, les militaires et les agents des services de renseignement.

La combinaison des deux dispositifs, aggravée par l’efficacité administrative du centralisme français, ouvre un champ absolument sans limites à la surveillance d’Etat. Techniquement, rien ne sera plus facile que de retrouver, à partir d’une simple photo, la vie entière d’un individu : son nom bien sûr, mais aussi son adresse, sa correspondance numérique, ses amis, son agenda, ses données de géolocalisation, etc. Le Big Data permettra de décomposer de manière extrêmement fine la population, suivant les besoins de l’administration. On pourra ainsi déterminer en quelques clics la liste des Français d’origine alsacienne, aux yeux marron, déambulant dans la capitale et contestant l’action du gouvernement… La nationalité française ouvrira automatiquement le droit au fichage. Pour se cacher, il ne restera que la vie dans les bois ou le recours aux techniques de chiffrement : on comprend que le ministre de l’Intérieur fasse aujourd’hui de leur éradication une priorité. Michel Foucault redoutait dans « Surveiller et Punir » l’avènement d’un « réseau de dispositifs qui seraient partout et toujours en eveil, parcourant la societe sans lacune ni interruption ». Nous y sommes.

Bien entendu, les derniers vestiges de l’Etat de droit ont imposé une retenue de façade au ministère de l’Intérieur, échaudé par la censure en 2012 par le Conseil constitutionnel d’une tentative similaire. Le fichier TES, discrètement introduit sous forme de décret, est ainsi présenté comme une mesure de simplification administrative, étendant à la carte d’identité un système déjà en vigueur pour le passeport. De plus, sa finalité serait restreinte à « l’authentification » des citoyens (pour vérifier leur identité), non à leur « identification » (pour la déduire à partir d’indices biométriques). Sauf que des exceptions sont d’ores et déjà prévues, sans contrôle du juge judiciaire. Sauf que les bonnes intentions du gouvernement auraient dû le conduire, comme une loi de 2012 le prévoyait déjà, à préférer au fichage généralisé l’installation d’une puce dans les cartes d’identité, une solution permettant, selon la CNIL ,«  de conserver les données biométriques sur un support individuel exclusivement détenu par la personne concernée, qui conserverait donc la maîtrise de ses données ». Sauf qu’il faut être bien naïf, comme le disait Wolfgang Schmidt dans le même entretien, pour penser que les Etats n’utilisent pas les informations mises à leur disposition : «  La seule manière de protéger la vie privée des citoyens, concluait l’ancien maître-espion, est de ne pas autoriser le gouvernement à collecter leurs données. »

Les réactions outrées de la secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, ainsi que du Conseil national du numérique, laissent espérer que citoyens et politiques ne se laisseront pas faire. Car le fichier ETS pose des questions fondamentales : le gouvernement est-il l’émanation d’hommes libres, ce qui impliquerait qu’à tout le moins le Parlement se prononce sur de telles folies bureaucratiques, ou une pointeuse géante, enregistrant et administrant une population captive ? A l’heure où notre anonymat est si difficile à préserver, où il faut égréner son identité dix fois par jour pour accéder à des services basiques, le rôle de l’Etat doit être de protéger becs et ongles nos libertés individuelles et notre droit à la vie privée. Pas de contribuer, avec tous les moyens de la puissance publique, à leur obsolescence.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig est philosophe et président du think tank GenerationLibre.

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5 commentaires

  1. juliette · novembre 9

    coucou rebelle Tux , et oui fichés et fichus nous sommes , délivres nous super TuxTux de cette vie de merde
    😮

  2. ptb41 · novembre 10

    ça donne froid dans le dos !

  3. ptb41 · novembre 10

    Salut Tux !

  4. Leodamgan · novembre 18

    Bonjour Tux,;

    Big brother approche à grands pas!

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