Poèmes avec les réfugiés….

Poèmes de Janine Mesnildrey

Janine nous offre ces deux poèmes. Bonne lecture à tous

Vendredi 25 novembre.

10 heures. Personne dans la salle d’étude.
Ils n’habitent pas dans nos horloges.
Ils arrivent de l’étage un à un,
Sourires frais d’après les ablutions
Oh ! Les échos de l’Afrique dans le ʺ Janine ! ʺ
Que lance Ezadine.
Ils nous apprennent le temps lent
au bord du lait, du thé ou du café
On s’imprègne d’eux.
Les mots cafouillent
Les smart-phones sont muets.
On ouvre des livres atterris là
au petit bonheur
à n’importe quelle page
Et c’est un jeu
On dit ce qu’on voit
Il connait le désert mais pas le mot
Je ne connais pas le désert
Mais le fais apparaître avec le mot.
Ce qui frappe
C’est la grande ressemblance de l’autre
La même façon de s’écouter,
d’être heureux dans les franges de l’échange
entre l’incertitude des mots
et le soutien inconditionnel des yeux.
Enserrés dans nos carcans d’antipodes
Nous oscillons entre le pareil et le différent.

Samedi 17 décembre

Noël solidaire, noël imaginaire
Aussi insensé qu’un ballon dans une tranchée
Qu’un tapis de prière
dans une chapelle désacralisée
Pleine de monde, de couleurs, d’enfants.
Mélange de musique,
De plats, sucrés, salés, exotiques
préparés par les réfugiés.
Femmes voilées, cheveux tressés
mini-jupes, gros blousons,
pieds des migrants dans des tennis blanches.
Les Afghans, les premiers dans la danse
A Cerisy ils s’entraînent aux temps morts
et font vibrer les arbres de la forêt.
Le groupe a son leader magnifique
à la chevelure qui voltige.
Les soudanais de la Chapelle
observent réservés, doux
Et très tristes certains.
Mais les tambours et les ukulélés
à la fin seront les plus forts.
La musique les emportera tous,
tous jusqu’au dernier
même Abdoul, même Babaker
dans le corps unique de la danse
et de la grande joie impudique
de l’amour universel.
Ils dansent, ils sont heureux
Et Keirallah rit enfin pour de bon.
Nous nageons dans leurs visages
Dans leur joie d’enfants
Nous aussi venons d’Afrique
Avec Lottfee et Mubarak
n’avons plus d’âge, plus de fatigue,
et nous dansons dans la même fièvre
dissolvante du rythme
Avec Ezadine, avec Azir, avec Sgiroun
Hommes, femmes, blancs, noirs,
Libérés enfin d’être l’autre de l’autre.
C’était à Saint-Lô, au Bouloir
un vendredi soir de décembre 2016
plongé dans le brouillard,
Un inoubliable noël insensé !

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Un commentaire

  1. juliette · février 27

    elle habite chez toi et a publié en décembre un roman  » Le gout des hommes  » , tu vois je sais déjà tout !
    j’aime bien le second poème plein de musique d’espoir, d’humanité, d’optimisme …

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